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Brésil, le triomphe paradoxal de la droite

Photo d'une manifestation au Brésil. Celle-ci se déroule sur une large avenue ou une place, bordée de palmiers ; on voit des immeubles en fond. La foule, de dos, est vêtue majoritairement de vert et jaune et de drapeaux brésiliens. Une sono sur un podium est installée. Au centre de la scène, une effigie de Jair Bolsonaro en buste d'environ dix mètres de haut. Il s'agit d'un ballon gonflé, très réalistiquement peint.

Manifestation en faveur de Jair Bolsonaro à Belo Horizonte, Brésil, le 7 septembre 2021. Crédit : Matheus Câmara da Silva/Unsplash

Par Juremir Machado da Silva

Une élection de paradoxes. Lula a obtenu plus de voix. Jair Bolsonaro est parti avec le sentiment de victoire. Les candidats du centre pour les gouvernements des États, tels qu’Eduardo Leite à Rio Grande do Sul, ont perdu de leur poids. Les candidats à forte empreinte idéologique ont triomphé. Cinquante et un millions d’électeurs veulent le retour de Bolsonaro.

Le triomphe de la droite est écrasant à la Chambre des députés : le Parti Libéral de Bolsonaro a remporté 99 sièges. União Brasil, l’une des mutations de l’Alliance rénovatrice nationale (ARENA), le parti pilier de la dictature, a remporté 59 députés fédéraux. Progressistas, un autre bras de la défunte ARENA, est passé de 58 représentants à 47, mais dispose toujours d’un nombre robuste d’élus. Les Républicains, parti de l’Église universelle du royaume de Dieu, ont remporté 42 sièges à la chambre fédérale, en perdant deux. Le Mouvement démocratique brésilien (MDB), qui était une opposition tolérée par la dictature et qui se divise actuellement en Bolsonaristes et Lulistes, est passé de 37 à 42. En additionnant ces grands partis et les petits, la droite domine. La Fédération du Parti des travailleurs/Parti vert/Parti communiste du Brésil a remporté 79 sièges.

Le Brésil s’est avéré être de droite.

 

Les bolsonaristes de premier ordre ont également bien réussi dans la course aux gouvernements des États. Tarcisio de Freitas, l’un des hommes forts du « capitaine », est arrivé premier à São Paulo et affrontera au deuxième tour Fernando Haddad (PT). Onyx Lorenzoni, allié numéro un de Bolsonaro depuis le début de son ascension au pouvoir, s’est retrouvé en tête à Rio Grande do Sul et part souverain face à l’ancien favori Eduardo Leite.

Lula semble très proche de la victoire. Mais c’est une position délicate. Pour gagner, il devra hériter d’une partie des voix des 3 % qui se sont éparpillées en désignant Ciro Gomes et des 4 % qui ont donné à Simone Tebet une position de premier plan. La première étape serait d’amener Ciro et Simone à adhérer formellement à la candidature. La seconde étape, faire mieux dans les débats, lors desquels ses performances ont peu convaincu, même s’il s’est amélioré dans celui diffusé sur Réseau Globo. Il y a ceux qui s’attendent à un deuxième tour centré sur des propositions. Plus facile d’imaginer que ce sera un carnage.

Jair Bolsonaro a accordé une interview après les résultats avec l’air d’un homme raisonnable. Un nouveau déguisement ? Métamorphose ? Stratégie ? Un nouveau personnage ? Enfin, l’homme « en vrai » ? Se sera-t-il bridé pour gagner le centre ? Plus facile de s’attendre à ce qu’il devienne encore plus violent. C’est sa nature. Il explorera certainement deux thèmes : la corruption, dont le PT est toujours accusé, et son programme social Aide Brasil, qui distribue six cents réals aux plus pauvres. Octobre sera un mois de frissons. Le cauchemar continue.

La polarisation a gagné. Le Brésil est bien divisé entre la droite et la gauche, sans place pour une troisième voie. C’est Bolsonaro et Lula et personne d’autres. La pandémie n’a rien enlevé à l’enchantement de près de la moitié des électeurs pour Bolsonaro. De plus, l’ancien juge Sérgio Moro, qui a mis Lula en prison, et son épouse, Rosangela, ont été élus. Lui, au Sénat, pour son État, le Paraná. Elle, à la Chambre des députés, pour São Paulo. Deltan Dallagnol, chef des procureurs de l’opération Lava Jato (« lavage express »), a été le candidat le plus voté du Paraná à la députation fédérale. Lava Jato est bel et bien vivante. Ceux qui l’avaient enterrée trop vite avaient tort.

La moitié du Brésil veut changer.

L’autre moitié veut tout garder.

Comment dormir avec tout ce bruit ?

 

Portrait de Juremir Machado da Silva, un homme blanc d'environ 60 ans. Il a les cheveux courts, des lunettes, le visage rond et fin.

 

Juremir Machado da Silva est un écrivain, traducteur, journaliste, radiodiffuseur et professeur d’université brésilien.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
hermes (10 octobre 2022). Brésil, le triomphe paradoxal de la droite. Revue Hermès - Cognition - Communication - Politique. Consulté le 17 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/pij0


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